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L'érgothérapie et la dépression : comment la vie quotidienne devient un levier de rétablissement

Auteur : Gio Arcuri, OT, MSc

Ergothérapeute • Chargé de cours universitaire • Fondateur, Clinique Vivago

Date : 23 janvier 2026


Person sitting on side of road with hand on face; appears sad


Quand « faire » devient difficile

La dépression ne touche pas uniquement l’humeur. Elle perturbe souvent le niveau d’énergie, la motivation, les routines, les relations, la participation au travail et la capacité à s’engager dans les activités significatives du quotidien. Bien que la psychothérapie et la médication soient fréquemment évoquées comme options de soutien, l’ergothérapie joue un rôle distinct et complémentaire en s’intéressant à l’impact de la dépression sur le fonctionnement quotidien — et à la façon dont les personnes peuvent graduellement se réengager dans leur vie.


En santé mentale, l’ergothérapie repose sur une idée centrale : ce que nous faisons chaque jour compte. En abordant les routines, les rôles, les habitudes, les environnements et les occupations significatives, l’ergothérapie soutient le rétablissement de manière concrète, pragmatique et durable.


Comprendre la dépression à travers une perspective ergothérapique


La dépression est associée à des changements sur les plans cognitif, énergétique, émotionnel et motivationnel, lesquels influencent directement le fonctionnement quotidien. Les données probantes montrent de façon constante que les personnes vivant avec une dépression peuvent éprouver des difficultés à :


  • initier et maintenir des routines quotidiennes

  • prendre soin d’elles-mêmes et accomplir les tâches domestiques

  • participer au travail, aux études ou au bénévolat

  • s’engager socialement et entretenir des relations

  • éprouver du plaisir, de la créativité ou de l’intérêt pour les loisirs

  • prendre des décisions et maintenir leur concentration


Plutôt que de se concentrer uniquement sur les symptômes, l’ergothérapie examine comment ces changements nuisent à la participation aux activités significatives, aussi appelées occupations (World Federation of Occupational Therapists).


D’un point de vue ergothérapique, la dépression peut entraîner :


  • un déséquilibre occupationnel (trop d’effort, pas assez de récupération)

  • une perturbation occupationnelle (perte de routines ou de rôles)

  • une privation occupationnelle (accès limité aux activités significatives)

  • une diminution du sentiment de compétence et de l’identité


Qu’est-ce que l’ergothérapie pour la dépression ?


L’ergothérapie en contexte de dépression vise à soutenir l’engagement dans la vie quotidienne, même lorsque la motivation, l’énergie ou la confiance sont diminuées. Les interventions sont personnalisées en fonction de l’expérience vécue, de l’environnement et des priorités de la personne.


Les ergothérapeutes travaillent en collaboration avec les client·e·s afin de :


  • comprendre comment la dépression affecte le fonctionnement quotidien

  • réduire les obstacles à la participation

  • adapter les tâches et les environnements

  • structurer des routines favorables à la santé mentale

  • réintroduire graduellement des activités significatives à un rythme réaliste


Fait important : l’ergothérapie ne requiert pas que la personne se sente mieux avant d’agir. Elle utilise plutôt l’action graduée comme levier vers un mieux-être.


Interventions clés en ergothérapie pour la dépression


1. Recréer des routines et une structure quotidienne


La dépression perturbe fréquemment le sommeil, l’alimentation, le niveau d’activité et le rythme quotidien. L’ergothérapeute peut soutenir la personne en :


  • établissant des routines réalistes et flexibles

  • découpant les tâches en étapes gérables

  • utilisant des supports externes (horaires visuels, rappels)

  • favorisant l’équilibre entre activité et repos


Les recherches démontrent que le rétablissement d’une structure quotidienne peut soutenir la régulation de l’humeur et le fonctionnement global (American Occupational Therapy Association).


2. Activation comportementale par l’occupation


L’activation comportementale est une approche bien établie dans le soutien à la dépression. En ergothérapie, elle se traduit par un accent mis sur des activités porteuses de sens, plutôt que sur l’activité pour l’activité.


Les interventions peuvent inclure :


  • l’identification d’activités liées aux valeurs et à l’identité

  • une reprise graduelle des occupations plaisantes ou significatives

  • la réduction de l’évitement par une exposition progressive

  • l’observation des liens entre activités et humeur


Les études indiquent que l’engagement dans des activités valorisées peut améliorer l’humeur, l’auto-efficacité et le fonctionnement global (Cuijpers et coll.).


3. Soutenir l’énergie, la fatigue et la charge cognitive


La dépression s’accompagne souvent de fatigue mentale et physique. L’ergothérapie peut soutenir les personnes en :


  • ajustant les exigences des tâches

  • enseignant des stratégies de gestion de l’énergie et de rythme

  • modifiant les environnements pour réduire la surcharge cognitive

  • soutenant l’attention et les fonctions exécutives dans les activités quotidiennes


Ces stratégies sont particulièrement pertinentes pour les personnes conciliant dépression, travail, études ou responsabilités familiales.


4. Identité, rôles et sens


La dépression influence souvent la perception de soi. La perte ou la remise en question de rôles (travailleur·se, étudiant·e, parent, partenaire) peut accentuer la détresse.


L’ergothérapie aborde notamment :


  • la perturbation et la reconstruction des rôles

  • l’identité au-delà de la productivité

  • la redéfinition de la réussite et de la compétence

  • la reconnexion aux valeurs personnelles


L’engagement dans des occupations significatives est fortement associé au bien-être psychologique et au rétablissement (Wilcock & Hocking).


5. Interventions environnementales et contextuelles


La santé mentale n’existe pas en vase clos. Des facteurs comme le logement, le soutien social, les exigences professionnelles ou l’accessibilité influencent grandement le rétablissement.


Les interventions peuvent comprendre :


  • l’adaptation du domicile ou du milieu de travail

  • le soutien au retour au travail ou aux études

  • le renforcement de la participation sociale

  • la collaboration avec des équipes interdisciplinaires


Cette approche contextuelle est particulièrement pertinente dans les situations de dépression récurrente ou situationnelle.


L’ergothérapie dans une approche interdisciplinaire


L’ergothérapie pour la dépression est souvent la plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans une approche intégrée, en collaboration avec la psychothérapie, le suivi médical et les ressources communautaires.


Chaque discipline apporte une contribution distincte :


  • la psychothérapie explore les processus émotionnels et cognitifs

  • les soins médicaux abordent les facteurs biologiques et physiologiques

  • l’ergothérapie se concentre sur le fonctionnement, la participation et la vie quotidienne



Cette collaboration est cohérente avec les meilleures pratiques recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé et l’Association canadienne des ergothérapeutes.


Quand l’ergothérapie peut-elle être utile ?


L’ergothérapie peut être pertinente :


  • lors de périodes aiguës ou chroniques de dépression

  • durant des transitions de vie (retour au travail, aux études, parentalité)

  • lorsque le fonctionnement quotidien devient lourd ou difficile

  • lorsque la motivation est faible, mais que le désir de changement est présent

  • dans une optique de prévention des rechutes et de rétablissement durable


Elle est particulièrement utile pour les personnes qui se sentent « bloquées », malgré une bonne capacité d’introspection.


Données probantes soutenant l’ergothérapie en dépression


Les recherches soutiennent le rôle de l’ergothérapie en santé mentale, notamment par :


  • des interventions basées sur l’activité

  • la restauration des routines et des rôles

  • l’adaptation des environnements

  • des résultats centrés sur la participation


Les revues systématiques montrent que les interventions centrées sur l’occupation peuvent améliorer la qualité de vie et réduire la détresse en ciblant le fonctionnement réel (Eklund et coll.; AOTA).


L’ergothérapie et le rétablissement : une voie concrète


Le rétablissement de la dépression ne se limite pas à la diminution des symptômes. Il s’agit aussi de se reconnecter à la vie de façon significative et durable. L’ergothérapie offre une approche humaine, personnalisée et pragmatique qui soutient cette reconnexion progressive au quotidien.


À propos de l'auteur


Gio Arcuri, OT, MSc. Founder, CEO and Occupational Therapist at Clinique de santé inclusive Vivago

Gio Arcuri, erg., M. Sc., est ergothérapeute, chargé de cours à l’Université McGill, entrepreneur en santé, écrivain et chef de la direction de la Clinique de santé inclusive Vivago. Il est également président de la Fondation Vivago, où il œuvre à l’avancement de la santé mentale inclusive. Ses travaux — notamment sur les soins centrés sur la famille et l’accès aux services de santé mentale pour les jeunes adultes — ont été publiés dans des revues évaluées par les pairs ainsi que dans des chapitres d’ouvrages collectifs. Gio est aussi membre du comité d’expert·e·s en santé mentale de la Fondation Jeunes en tête et chroniqueur pour Les Connecteurs sur Apple News. Il a également été présenté dans La Presse et à l’émission AMI-télé, où il partage largement son expertise. Il défend des soins fondés sur les données probantes, accessibles et inclusifs, particulièrement auprès des communautés 2SLGBTQIA+.


Références


American Occupational Therapy Association. (2020). Occupational therapy’s role in mental health recovery.


Cuijpers, P., et coll. (2007). Behavioral activation treatments of depression: A meta-analysis. Clinical Psychology Review.


Eklund, M., et coll. (2017). Occupational engagement and mental health recovery. Journal of Occupational Science.


Wilcock, A. A., & Hocking, C. (2015). An occupational perspective of health.


World Federation of Occupational Therapists. (2016). Position statement on mental health.

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