
Traumatisme : devenir plus que ce qui a blessé
Une approche fonctionnelle, orientée vers le sens et intégrative du rétablissement
Rédigé par Gio Arcuri, OT, MSc
Ergothérapeute en santé mentale
Chargé de cours, Université McGill
Fondateur de la Clinique Vivago
À la Clinique Vivago, accompagner le traumatisme ne consiste pas à rester ancré dans la douleur, mais à reprendre l’auteur·rice de sa vie.
Trauma Care at Vivago

Le traumatisme peut profondément influencer la manière dont une personne se sent, réagit et entre en relation avec le monde. Pourtant, de nombreuses approches dites « trauma-informées » finissent, parfois malgré elles, par maintenir les personnes centrées sur ce qui leur est arrivé, renforçant une identité organisée autour de la survie.
À la Clinique Vivago, nous adoptons une posture différente.
Nous comprenons le traumatisme comme une rupture de la régulation, du sens et de l’agentivité, et non comme une identité permanente. Notre accompagnement dépasse la gestion des symptômes. Il est orienté vers le devenir : soutenir les personnes à renouer avec ce qu’elles peuvent faire, être et vivre, même après des expériences profondément marquantes.
Qu’est-ce que le traumatisme ? Une définition moderne, fondée sur les neurosciences
Les connaissances actuelles ont largement dépassé les définitions du traumatisme centrées uniquement sur l’événement.
Aujourd’hui, le traumatisme est compris comme ce qui se produit dans le système nerveux lorsqu’une expérience dépasse la capacité d’une personne à :
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réagir efficacement
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intégrer ce qui se passe
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retrouver un sentiment de sécurité
Le traumatisme peut survenir à la suite :
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d’un événement unique et aigu
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d’une exposition répétée ou chronique à la menace
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de négligence émotionnelle ou d’invalidation
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de traumatismes médicaux ou relationnels
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de pertes de sécurité, d’identité ou de sens
Ce qui rend une expérience traumatique n’est pas sa gravité objective, mais l’absence de ressources suffisantes au moment où elle survient.
Les recherches en neurosciences démontrent que le traumatisme affecte :
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la régulation du système nerveux autonome
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la détection de la menace et l’attention
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le traitement émotionnel
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la conscience corporelle
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le sentiment de continuité et d’identité
Le traumatisme n’est donc pas seulement « stocké » dans la mémoire, mais inscrit dans des schémas de perception, de réponses corporelles, de comportements et de construction du sens.
Références
-
van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score.
-
McFarlane, A. C., et al. (2020). The Lancet Psychiatry.
-
Porges, S. (2021). Polyvagal Theory: A Science of Safety.

Les réponses traumatiques sont des adaptations de survie, pas des pathologies

D’un point de vue neurobiologique, les réactions au traumatisme sont adaptatives.
L’hypervigilance, la dissociation, l’engourdissement émotionnel, le contrôle ou l’évitement sont des stratégies intelligentes développées par le système nerveux lorsque la sécurité est compromise.
Le problème n’est pas qu’elles existent.
Le problème est qu’elles persistent lorsque le danger n’est plus présent.
Le rétablissement ne consiste donc pas à « réparer » une personne brisée, mais à :
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restaurer la flexibilité
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actualiser les réponses de menace
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élargir les choix possibles
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reconstruire l’agentivité
Ce changement de regard est, pour beaucoup, profondément libérateur.
Références
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Cloitre et al. (2020). International Society for Traumatic Stress Studies (ISTSS) Guidelines.
-
Herman, J. (2015). Trauma and Recovery.
Vous n’êtes pas votre traumatisme
L’un des récits les plus limitants en accompagnement du traumatisme est l’idée que guérir implique de rester constamment proche de la douleur.
Reconnaître le passé peut être nécessaire, mais vivre en permanence en référence au traumatisme peut figer l’identité.
À la Clinique Vivago, nous affirmons clairement ceci :
le traumatisme peut influencer la manière dont une personne se protège ou réagit, sans définir qui elle est ni ce qu’elle peut devenir.
Lorsque l’accompagnement se structure uniquement autour :
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de ce qui s’est passé
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de ce qui fait mal
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de ce qui est « brisé »
il risque de renforcer une identité centrée sur le traumatisme.
Notre approche repose sur une autre conviction :
une personne est toujours plus que ce qui l’a blessée.

Dépasser la focalisation sur les symptômes
De nombreuses personnes ayant vécu un traumatisme se retrouvent prises dans des cycles de :
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surveillance constante de leurs états internes
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gestion des symptômes
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anticipation des déclencheurs
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recherche de soulagement immédiat
La réduction des symptômes est importante, mais elle ne peut constituer l’unique horizon du rétablissement.
Les données actuelles montrent que le fonctionnement, la participation et le sens sont des déterminants majeurs du bien-être à long terme.
À Vivago, nous déplaçons volontairement la question de :
« Comment est-ce que je me sens en ce moment ? »
vers :
« Qui ai-je envie de devenir, et quelle vie ai-je envie de construire ? »
Cette posture ne nie pas la souffrance.
Elle la recontextualise dans une perspective orientée vers l’avenir.
En savoir plus sur « Comprendre l’ergothérapie en santé mentale » et sur le rétablissement fonctionnel par opposition à la simple réduction des symptômes en réadaptation en santé mentale.
Le soi espéré : un ancrage orienté vers l’avenir
Un concept central de notre travail est celui du soi espéré.
Plutôt que d’organiser l’accompagnement uniquement autour de l’histoire traumatique, nous aidons les personnes à clarifier :
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ce qu’elles souhaitent pouvoir refaire
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comment elles veulent être en relation
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ce qui donne du sens à leur vie
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quelles valeurs elles souhaitent incarner
Le soi espéré n’est ni une injonction à « passer à autre chose », ni une projection irréaliste.
Il constitue une boussole permettant d’organiser le rétablissement autour de la possibilité plutôt que de la blessure.
Le travail sur le traumatisme devient alors un processus de reprise de l’auteur·rice de sa vie.
Références
-
Southwick et al. (2014). Resilience and Mental Health.
-
WHO (2022). Guidelines on mental health at work.
Psychologie zen intégrative : sens, perception et liberté
À la Clinique Vivago, nous avons le privilège de travailler avec Anthony Carzedda, dont l’approche en psychologie zen intégrative nourrit en profondeur notre compréhension du traumatisme.
Cette approche s’inspire :
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de la psychologie d’inspiration zen
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des neurosciences contemporaines
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du travail clinique en profondeur
Elle explore notamment :
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la manière dont la conscience construit l’expérience
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comment la perception se rigidifie sous la menace
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comment la souffrance persiste à travers des interprétations figées
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comment la liberté émerge lorsque la conscience s’élargit
Anthony Carzedda, psychologue à la Clinique Vivago,
exprime cette dynamique avec justesse :
« Du vide naît la matière,
et le regard lui donne sens.
Mais en cela, il s’enferme dans une prison d’ignorance.
C’est au prix d’innombrables douleurs
que la liberté peut être acquise,
et que la mort devient vie. »
En contexte de traumatisme, cette perspective permet d’explorer comment le sens est construit, et non seulement ce qui s’est produit. Elle ouvre la possibilité d’assouplir les récits figés et de renouer avec une présence, une agentivité et une liberté intérieure.
Il ne s’agit pas d’une spiritualisation des soins, mais d’un travail psychologique rigoureux en profondeur, utilisé de façon clinique et réfléchie, lorsque pertinent.
Le traumatisme comme rupture de sens
Au-delà de la peur et de la dysrégulation, le traumatisme provoque souvent une crise du sens.
Certaines personnes décrivent :
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un sentiment de vide
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une perte de direction
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un effondrement identitaire
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l’impression d’être figées dans le temps
Dans cette optique, le rétablissement ne se limite pas à calmer le système nerveux. Il implique aussi une reconstruction du sens et de l’identité.
C’est ici que les approches intégratives et orientées vers le sens prennent toute leur importance.
Références
-
Southwick et al. (2014). Resilience and Mental Health.
-
WHO (2022). Guidelines on mental health at work.
Un modèle fonctionnel et interdisciplinaire du traumatisme
Le traumatisme n’affecte pas uniquement les émotions.
Il influence la manière de vivre.
À Vivago, l’accompagnement du traumatisme intègre :
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les approches intégratives
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la mise en pratique dans la vie réelle
Cette approche permet que le rétablissement se traduise concrètement dans :
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les routines quotidiennes
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les relations
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le travail ou les études
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la créativité et l’engagement
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le sentiment de soi
Quand l’intensité est nécessaire : programmes intensifs et traumatisme
Pour certaines personnes, un suivi hebdomadaire ne suffit pas, notamment lorsque le traumatisme a profondément marqué :
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le fonctionnement quotidien
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l’identité
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le sentiment d’agentivité
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la capacité à s’engager dans la vie
La Clinique Vivago offre des programmes ambulatoires intensifs et semi-intensifs, proposant :
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un cadre contenant et cohérent
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un accompagnement interdisciplinaire
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un travail fonctionnel
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un travail psychologique en profondeur
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des occasions répétées d’expérimenter de nouvelles façons d’être
L’intensité permet au système nerveux d’apprendre la sécurité et la liberté par l’expérience, et non uniquement par la compréhension.
Devenir plus que la survie
L’accompagnement du traumatisme ne devrait pas condamner les personnes à vivre éternellement en référence à ce qui les a blessées.
Dans les bonnes conditions, il peut devenir un processus de :
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reprise de l’auteur·rice de sa vie
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restauration de la dignité
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reconnexion aux valeurs
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redécouverte de la vitalité
À la Clinique Vivago, nous croyons que le rétablissement ne consiste pas à redevenir « normal », mais à redevenir pleinement vivant·e, libre d’exister au-delà de la survie.
Références
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Cloitre, M. et al. (2020). ISTSS Guidelines for the Treatment of PTSD.
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McFarlane, A. C. et al. (2020). Trauma and PTSD. The Lancet Psychiatry.
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Porges, S. (2021). Polyvagal Theory.
-
Park, C. L. (2016). Meaning-making in trauma. Journal of Clinical Psychology.
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Southwick, S. et al. (2014). Resilience and Mental Health.
-
World Health Organization. (2022). Guidelines on mental health and functioning.
FAQ – Traumatisme et rétablissement à la Clinique Vivago
1. Qu’est-ce que le traumatisme, au juste ?
Le traumatisme n’est pas défini uniquement par ce qui s’est passé, mais par l’impact de l’expérience sur le système nerveux. Il survient lorsqu’une situation dépasse la capacité d’une personne à réagir, à intégrer ou à retrouver un sentiment de sécurité, affectant la régulation, l’identité et le fonctionnement.
2. Faut-il revivre ou raconter son traumatisme pour guérir ?
Pas nécessairement. Bien que reconnaître certaines expériences puisse être aidant, le rétablissement ne repose pas sur le fait de revivre constamment le traumatisme. À Vivago, nous misons sur la restauration de la sécurité, de l’agentivité et du fonctionnement.
3. Le traumatisme peut-il encore affecter la vie quotidienne des années plus tard ?
Oui. Le traumatisme peut continuer d’influencer l’énergie, les émotions, les relations, le travail, les routines et le sentiment de soi, même longtemps après les événements. Ces réactions sont des stratégies de survie apprises, et non des faiblesses.
4. Que signifie « être plus que son traumatisme » ?
Être plus que son traumatisme, c’est reconnaître que celui-ci fait partie de l’histoire d’une personne, sans définir qui elle est. Notre approche soutient la construction d’un soi espéré, orienté vers ce que la personne souhaite faire, devenir et vivre.
5. Qu’est-ce que la psychologie zen intégrative et quel est son rôle dans le trauma ?
La psychologie zen intégrative est une approche clinique en profondeur qui explore la manière dont la perception, le sens et la conscience influencent la souffrance et la liberté. En contexte de traumatisme, elle aide à assouplir les récits figés et à retrouver une relation plus libre et consciente à l’expérience.
6. Le traitement du traumatisme concerne-t-il uniquement la santé mentale ?
Non. Le traumatisme affecte la manière de vivre au quotidien, pas seulement les émotions. C’est pourquoi nous travaillons aussi sur le fonctionnement, les routines, les relations, le travail ou les études, notamment à travers l’ergothérapie et une approche interdisciplinaire.
7. Quand les programmes intensifs sont-ils indiqués en contexte de traumatisme ?
Les programmes ambulatoires intensifs ou semi-intensifs peuvent être pertinents lorsque le traumatisme envahit le quotidien, l’identité ou la capacité de fonctionner. Ils offrent un cadre structuré et cohérent permettant au changement de s’ancrer dans l’expérience vécue.