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Woman texting

Pourquoi ne répond-il pas à mes messages ? Comprendre l’anxiété relationnelle

Ce que le fait d’être laissé·e en “lu” fait à ton cerveau

Rédigé par Gio Arcuri, ergothérapeute, M. Sc.

Ergothérapeute

Chargé d’enseignement universitaire

Fondateur, Clinique Vivago

« Pourquoi ne répond-il pas à mes messages ? »

 

Si tu as déjà tapé exactement cette phrase dans Google, tu n’es pas seul·e.

 

Pour beaucoup de personnes, le moment où un message passe à « Lu » — suivi du silence — peut déclencher une vague soudaine de panique, de doute de soi et de détresse émotionnelle. La poitrine se serre. Les pensées s’emballent. La concentration disparaît. Et tout cela peut arriver même lorsqu’objectivement, rien de « grave » ne s’est produit.

 

Cette réaction n’a rien à voir avec le fait d’être dramatique, dépendant·e ou insécure.

 

Elle est liée à la façon dont l’incertitude, l’attachement émotionnel et le renforcement intermittent agissent sur le système nerveux et les circuits de récompense du cerveau.

 

À la Clinique Vivago, nous observons ce schéma très fréquemment — non seulement chez des personnes vivant des relations instables, mais aussi dans des relations par ailleurs bienveillantes, respectueuses et aimantes.

Man using smartphone

Pourquoi ça fait si mal quand il lit mon message sans répondre ?

Allons-y, de façon très concrète.

 

Tu envoies un message :

 

« Hey ❤️ j’espère que ta journée se passe bien. »

 

Au départ, tout va bien.

 

Puis tu vérifies :

 

Envoyé

 

Quelques minutes plus tard :

 

Lu

 

Et ensuite… rien.

 

C’est exactement à ce moment-là que beaucoup de personnes décrivent une réaction physique :

 

  • une chute dans l’estomac

  • une tension dans la poitrine

  • une difficulté soudaine à se concentrer

  • une envie irrépressible de revérifier

 

Ton cerveau commence alors immédiatement à combler le silence :

 

Pourquoi a-t-il lu sans répondre ?

Est-ce que j’ai dit quelque chose de mal ?

Est-ce qu’il est agacé ?

Est-ce qu’il prend de la distance ?

Est-ce que je devrais envoyer un autre message pour adoucir le premier ?

Est-ce le début de quelque chose qui se termine ?

 

Objectivement, rien ne s’est produit.

 

Mais intérieurement, ton système nerveux réagit comme si un danger relationnel était imminent.

Anxious woman

Pourquoi le voir en ligne rend la situation encore pire ?

Pourquoi est-ce que je lui demande sans cesse s’il m’aime ?

 

Un autre schéma très fréquent, mais rarement nommé, est la recherche de réassurance par la confirmation émotionnelle.

 

Tu peux te surprendre à demander :

 

« Est-ce que tu m’aimes ? »

« Est-ce que tout va bien entre nous ? »

« Tu m’aimes encore, hein ? »

« Tu es heureux avec moi ? »

 

Quand il répond oui, tu ressens un soulagement.

 

Mais quelques heures — parfois même quelques minutes — plus tard, le doute revient.

 

Cela ne veut pas dire que tu ne l’as pas cru.

 

Cela veut dire que la réassurance a expiré.

Dire « je t’aime » juste pour l’entendre en retour

 

Certaines personnes remarquent une autre variante de ce schéma.

 

Elles disent :

 

« Je t’aime »

 

Pas seulement pour exprimer leur amour — mais pour vérifier :

 

Va-t-il le dire en retour ?

Est-ce que ça va sonner chaleureux ?

Est-ce que ça va venir rapidement ?

Est-ce que ça va sembler assez enthousiaste ?

 

S’il y a une hésitation, une réponse plus courte ou un ton différent, l’anxiété repart :

 

Est-ce que quelque chose a changé ?

Pourquoi ça ne sonnait pas pareil cette fois-ci ?

Est-ce que je suis en train de le perdre ?

 

Ce n’est pas de la manipulation.

 

C’est un système nerveux à la recherche de signaux de sécurité.

 

 

Pourquoi la réassurance ne dure jamais

 

Avec le temps, une règle implicite s’installe souvent :

 

Quand il me rassure, je vais bien. Quand il ne le fait pas, je ne vais pas bien.

 

Cela confie tranquillement la régulation émotionnelle à quelqu’un d’autre.

 

Ton calme devient alors dépendant de :

 

  • la rapidité des réponses

  • le ton

  • la disponibilité

  • la réassurance

 

C’est épuisant — pour toi, et pour la relation.

 

 

Le renforcement intermittent : pourquoi l’anxiété liée aux textos devient addictive

 

L’un des éléments les plus importants — et les moins compris — de l’anxiété relationnelle est le renforcement intermittent.

 

 

Qu’est-ce que le renforcement intermittent ?

 

Le renforcement intermittent signifie que la réassurance et la connexion arrivent de façon imprévisible :

 

  • parfois rapidement et chaleureusement

  • parfois lentement

  • parfois de façon incohérente

 

Cette imprévisibilité est puissante.

 

C’est le même mécanisme d’apprentissage que celui impliqué dans :

 

  • les jeux de hasard

  • les machines à sous

  • les notifications sur les réseaux sociaux

 

Et oui — l’anxiété relationnelle.

 

 

Comment l’incertitude crée un cerveau en état de manque

 

Quand la réassurance est imprévisible, ton cerveau libère de la dopamine dans l’anticipation, pas dans la certitude.

 

Cela signifie que :

 

  • ton cerveau devient hypervigilant aux indices

  • l’incertitude augmente l’obsession

  • le soulagement devient plus gratifiant que le calme

 

Le cycle ressemble à ceci :

 

  • l’anxiété monte

  • la vérification ou la recherche de réassurance commence

  • la réassurance arrive (parfois)

  • dopamine + soulagement

  • l’anxiété revient

  • l’envie s’intensifie

 

Ton cerveau apprend alors :

 

« Je dois rester en alerte pour aller bien. »

 

C’est pourquoi les moments de calme ne semblent pas reposants — ils semblent fragiles.

 

 

Pourquoi un amour stable peut sembler déstabilisant

 

Voici un paradoxe que beaucoup de personnes vivent :

 

Même lorsque quelqu’un est attentionné et constant, l’anxiété peut persister.

 

Pourquoi ?

 

Parce que ton système nerveux a peut-être été entraîné à l’imprévisibilité.

 

Le silence semble dangereux.

Le calme paraît suspect.

La distance devient catastrophique.

 

Cela ne veut pas dire que la relation est mauvaise.

 

Cela veut dire que ton système nerveux fonctionne encore selon une ancienne règle de survie.

 

 

Anxiété ou intuition : comment faire la différence

 

Une peur fréquente est :

 

« Et si c’était en fait mon intuition ? »

 

Voici une distinction utile :

 

L’anxiété tend à être :

 

  • urgente

  • répétitive

  • envahissante

  • en quête de certitude

 

L’intuition tend à être :

 

  • plus calme

  • ancrée

  • stable

  • alignée sur les valeurs

 

L’anxiété crie.

L’intuition chuchote.

 

 

Pourquoi la logique n’arrête pas la spirale

 

Tu peux te dire :

 

Il ne m’a jamais abandonné·e.

Il m’a dit qu’il m’aimait hier.

Il est probablement juste occupé.

 

Mais l’anxiété vit sous la logique — dans le système nerveux, pas dans le cerveau rationnel.

 

La compréhension seule ne suffit pas à l’arrêter.

 

 

Ce qui aide réellement

 

 

1. Nommer le mécanisme, pas le sens

Au lieu de :

 

« Il s’en fiche. »

 

Essaie :

 

« Mon système nerveux réagit à l’incertitude. »

 

 

2. Traiter la vérification comme une envie compulsive

Les envies montent… puis redescendent.

 

Retarde la vérification de quelques minutes.

Régule ton corps à la place.

Laisse la vague passer.

 

Cela permet de reprogrammer le système de récompense du cerveau.

 

 

3. Construire la sécurité à l’intérieur

La sécurité se développe quand ton système nerveux a plusieurs points d’ancrage, pas une seule personne.

 

Les routines, le mouvement, les activités porteuses de sens, les amitiés, la thérapie et la confiance en soi comptent tous.

 

 

Comment la thérapie peut aider

 

Le soutien pour l’anxiété relationnelle inclut souvent :

 

  • la régulation du système nerveux

  • la réduction des cycles de vérification et de réassurance

  • la compréhension des schémas d’attachement

  • la reconstruction de la sécurité interne

  • l’amélioration de la communication sans panique

 

À la Clinique Vivago, ce travail peut inclure de la psychothérapie, de l’ergothérapie, du coaching ou une approche interdisciplinaire — parce que l’anxiété relationnelle ne vit pas seulement dans les pensées. Elle vit dans le fonctionnement quotidien.

 

 

Mot de la fin

 

Si tu te reconnais dans cet article, cela ne veut pas dire que tu es « trop ».

 

Cela veut dire que ton système nerveux a appris que la connexion exigeait de la vigilance.

 

Cette règle peut changer.

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