Est-ce que j’ai un TDAH ?
TDAH chez l’adulte : symptômes, diagnostic tardif et impact fonctionnel dans la vie quotidienne
Qu’est-ce que le TDAH chez l’adulte ?
Rédigé par Gio Arcuri, OT, MSc
Ergothérapeute en santé mentale
Chargé de cours, Université McGill
Fondateur de la Clinique Vivago
Avis important concernant les informations médicales et cliniques
Les informations présentées sur cette page sont fournies à des fins éducatives et informatives uniquement. Elles ne constituent pas un avis médical, psychologique, psychiatrique ou thérapeutique.
Ce contenu n’a pas pour objectif de :
-
Poser un diagnostic de santé mentale
-
Remplacer une évaluation clinique individualisée
-
Recommander des médicaments ou des plans de traitement spécifiques
-
Se substituer à une consultation auprès d’un·e professionnel·le de la santé dûment autorisé·e
Les décisions relatives au traitement — incluant le fait de commencer, d’arrêter ou de modifier une médication — doivent toujours être prises en consultation avec un·e médecin, psychiatre, infirmier·ère praticien·ne ou tout autre prescripteur·trice autorisé·e.
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par un mode persistant d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité entraînant une altération cliniquement significative du fonctionnement (American Psychiatric Association [APA], 2022).
Bien que souvent associé à l’enfance, le TDAH persiste fréquemment à l’âge adulte. Les estimations de prévalence mondiale chez l’adulte varient entre 2,5 % et 5 % (Faraone et al., 2015 ; Song et al., 2021). Les modèles contemporains décrivent le TDAH non pas simplement comme un déficit d’attention, mais comme un trouble de l’autorégulation affectant les fonctions exécutives, la modulation émotionnelle, la motivation et l’inhibition comportementale (Barkley, 2015 ; Brown, 2013).
Ainsi, le TDAH chez l’adulte est mieux compris comme une difficulté de régulation plutôt qu’un manque d’effort ou de volonté.

Présentation clinique du TDAH chez l’adulte
À l’âge adulte, l’hyperactivité motrice peut diminuer et se transformer en agitation interne, pensée accélérée ou difficulté à se détendre (APA, 2022).
Les manifestations s’organisent généralement autour de plusieurs domaines fonctionnels.
1. Atteintes des fonctions exécutives
Les fonctions exécutives regroupent les processus cognitifs supérieurs impliqués dans la planification, l’organisation, la priorisation, l’initiation des tâches, la persistance et l’autorégulation (Barkley, 2015).
Chez l’adulte, on observe fréquemment :
-
Procrastination chronique
-
Difficulté à initier des tâches non stimulantes
-
Inconstance dans l’achèvement des tâches
-
« Cécité temporelle »
-
Difficulté à estimer le temps requis
-
Désorganisation persistante
Les atteintes exécutives sont fortement associées à l’altération du fonctionnement professionnel et académique (Barkley & Murphy, 2010 ; Kessler et al., 2006).
2. Dysrégulation émotionnelle
Bien que la dysrégulation émotionnelle ne fasse pas partie des critères diagnostiques formels du DSM-5-TR, elle est largement documentée chez les adultes présentant un TDAH (Shaw et al., 2014).
Elle peut se manifester par :
-
Réactivité émotionnelle accrue
-
Intolérance à la frustration
-
Sensibilité marquée aux critiques
-
Difficulté à moduler l’intensité des affects
Des études neurobiologiques suggèrent l’implication des circuits fronto-striés et limbiques dans ces difficultés de régulation (Faraone et al., 2021).
3. Régulation de la motivation et des circuits dopaminergiques
Le TDAH est associé à des particularités du système dopaminergique impliqué dans l’anticipation de la récompense et la motivation (Volkow et al., 2011).
Cela peut se traduire par :
-
Recherche accrue de stimulation
-
Hyperfocalisation sur des tâches intrinsèquement motivantes
-
Évitement des tâches routinières
-
Cycles d’engagement intense suivis d’épuisement
Ces patterns contribuent aux cycles de surinvestissement et d’épuisement professionnel observés chez plusieurs adultes (Asherson et al., 2016).

TDAH, anxiété et dépression : considérations différentielles
Le TDAH est fréquemment comorbide avec les troubles anxieux et dépressifs. Les taux de comorbidité peuvent dépasser 50 % (Kessler et al., 2006).
Distinctions générales :
-
Les troubles anxieux impliquent une anticipation excessive de menaces (APA, 2022).
-
Les troubles dépressifs impliquent une humeur basse persistante et une perte d’intérêt (APA, 2022).
-
Le TDAH implique une difficulté de régulation attentionnelle et comportementale de nature développementale.
Un TDAH non traité peut toutefois entraîner secondairement des symptômes anxieux ou dépressifs liés aux échecs répétés, au stress chronique ou à l’épuisement.
Une évaluation clinique approfondie est donc essentielle pour distinguer les troubles primaires des conséquences secondaires.
Diagnostic tardif à l’âge adulte
Le diagnostic tardif est fréquent. Plusieurs adultes ont développé des stratégies compensatoires durant l’enfance ou l’adolescence, particulièrement ceux présentant un haut niveau d’intelligence ou évoluant dans des environnements très structurés (Asherson et al., 2016).
Facteurs contribuant au diagnostic tardif :
-
Sous-reconnaissance chez les femmes (Quinn & Madhoo, 2014)
-
Hyperactivité internalisée
-
Réussite académique masquant les difficultés
-
Perfectionnisme compensatoire
-
Transitions de vie majeures dépassant les capacités d’adaptation
Les études longitudinales confirment que la majorité des adultes diagnostiqués tardivement présentaient déjà des symptômes durant l’enfance (Faraone et al., 2006).

Impact fonctionnel du TDAH chez l’adulte
Le TDAH est associé à des altérations significatives du fonctionnement dans plusieurs sphères occupationnelles (Barkley & Murphy, 2010).
Travail et études
Les adultes avec TDAH présentent un risque accru de :
-
Instabilité professionnelle
-
Productivité fluctuante
-
Retards répétés
-
Sous-performance relative au potentiel intellectuel (Kessler et al., 2006)
Gestion domestique et administrative
Les atteintes exécutives affectent :
-
Gestion financière
-
Paiement des factures
-
Organisation domestique
-
Planification des repas
Ces difficultés contribuent à un stress chronique et à des tensions relationnelles.
Relations interpersonnelles
L’impulsivité et la dysrégulation émotionnelle peuvent mener à :
-
Interruptions fréquentes
-
Oublis d’engagements
-
Conflits relationnels
-
Satisfaction conjugale diminuée (Barkley & Murphy, 2010)
Sommeil et rythmes circadiens
Les adultes présentant un TDAH sont plus susceptibles de présenter un retard de phase du sommeil et des horaires irréguliers (Bijlenga et al., 2019), ce qui aggrave les difficultés exécutives.
Le TDAH comme perturbation occupationnelle
D’un point de vue fonctionnel, le TDAH affecte :
-
L’initiation
-
La persistance
-
L’organisation séquentielle
-
La modulation émotionnelle
-
La gestion de l’énergie
-
L’accomplissement des rôles sociaux
Ces difficultés peuvent mener à un déséquilibre occupationnel, à l’épuisement et à une participation instable aux activités significatives.
Comprendre le TDAH à travers son impact sur la vie quotidienne permet une évaluation contextualisée et orientée vers le fonctionnement réel.

Une évaluation complète comprend généralement :
-
Entrevue clinique basée sur les critères du DSM-5-TR (APA, 2022)
-
Analyse développementale (symptômes durant l’enfance)
-
Évaluation de l’impact fonctionnel
-
Questionnaires standardisés
-
Dépistage des comorbidités
-
Diagnostic différentiel (troubles anxieux, dépressifs, troubles du sommeil, dysfonction thyroïdienne, consommation de substances, trauma)
Le diagnostic nécessite la présence de symptômes avant l’âge de 12 ans et une atteinte dans au moins deux contextes (APA, 2022).
Aucun questionnaire seul ne permet d’établir le diagnostic.
Quand envisager une évaluation ?
Une évaluation peut être indiquée si des difficultés persistantes :
-
Affectent le fonctionnement professionnel ou académique
-
Entraînent des cycles répétés d’épuisement
-
Provoquent un sentiment chronique de sous-performance
-
Perturbent les relations ou la gestion financière
-
Sont présentes depuis l’enfance
Chercher à comprendre son fonctionnement n’est pas un signe de faiblesse, mais une démarche fondée sur des données probantes.

Références
American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed., text rev.; DSM-5-TR).
Asherson, P., Buitelaar, J., Faraone, S. V., & Rohde, L. A. (2016). Adult attention-deficit hyperactivity disorder: Key conceptual issues. The Lancet Psychiatry, 3(6), 568–578.
Barkley, R. A. (2015). Attention-deficit hyperactivity disorder: A handbook for diagnosis and treatment (4th ed.). Guilford Press.
Barkley, R. A., & Murphy, K. R. (2010). Impairment in occupational functioning and adult ADHD. Guilford Press.
Bijlenga, D., Vollebregt, M. A., Kooij, J. J., & Arns, M. (2019). The role of the circadian system in the etiology and pathophysiology of ADHD. European Child & Adolescent Psychiatry, 28, 1207–1221.
Brown, T. E. (2013). A new understanding of ADHD in children and adults: Executive function impairments. Routledge.
Faraone, S. V., et al. (2006). The age-dependent decline of attention deficit hyperactivity disorder. Psychological Medicine, 36(2), 159–165.
Faraone, S. V., et al. (2015). Attention-deficit/hyperactivity disorder. Nature Reviews Disease Primers, 1, 15020.
Faraone, S. V., et al. (2021). The world federation of ADHD international consensus statement. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 128, 789–818.
Kessler, R. C., et al. (2006). The prevalence and correlates of adult ADHD in the United States. American Journal of Psychiatry, 163(4), 716–723.
Quinn, P. O., & Madhoo, M. (2014). A review of attention-deficit/hyperactivity disorder in women and girls. Primary Care Companion for CNS Disorders, 16(3).
Shaw, P., et al. (2014). Emotion dysregulation in attention deficit hyperactivity disorder. American Journal of Psychiatry, 171(3), 276–293.
Song, P., et al. (2021). Prevalence of adult ADHD: A meta-analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 128, 789–818.
Volkow, N. D., et al. (2011). Motivation deficit in ADHD. JAMA, 305(11), 1084–1091.